Le sens moral des souris de laboratoire
Attention, en exclusivité ce soir, pour vous, le témoignage d'une souris de laboratoire :
- Bonjour, puis-je vous demander votre nom ?
- Je m'appelle ops117 mais pour des raisons de confidentialité et pour préserver mon anonymat, appelle-moi X117.
- Où travailles-tu X117?
- Depuis bientôt 5 ans, je suis souris de laboratoire, ma spécialité, la roue. Mon job consiste à faire tourner la roue le plus vite possible, afin que tous les jours, elle tourne le plus vite possible.
- Excuse-moi, mais là, je ne vois pas bien la finalité, X117.
- A vrai dire, moi non plus, mais comme dit le chef, c'est la procédure. Au début, t'arrive dans le métier, il paraît que c'est un métier, t'es content! tu vois toutes les autres courir alors tu cours aussi. T'es chronométré pour tout, contrôlé pour tout, tu sais combien de temps tu mets pour faire tes besoins, t'as un temps donné pour manger, pour respirer. Ce qui est bien, c'est qu'on te développe, quand tu commences, tu crois savoir courir, mais ton chef, il est payé pour te réapprendre à courir, comme il faut, selon la procédure.
- Ton métier n'est pas un peu fatigant, X117 ?
- Si, je suis crevé, parce que dès que tu arrives à atteindre ton objectif en tour par minute, on te dit que c'est plus assez, qu'il faut accélerer ou bien alors, on te dit que tu cours assez vite, limite trop, mais sans style, Travaille ton style, que je te dis, comme on dit entre nous au boulot.
- Alors, comment fais-tu pour pour gérer la pression ?
- J'ai un pote pharmacien. Enfin, on est devenu pote avec le pharmacien, depuis que je travaille là où je travaille. Comme il dit : "xiolitique, parce que tu le vaux bien". En fait, je prends que trois pilules par jour : une, pour avoir la pêche toute la journée, une, le soir pour dormir, parce que je suis trop stressé et une le matin pour me réveiller parce que je suis trop "cassé" par la pilule qui m'empêche d'être trop stressé. Et puis il paraît que ça fait du bien de pleurer.
- Et tu pleures souvent ?
- Seulement quand je reçois ma fiche de paie, en ce moment on a plus de primes. Pourtant tout le monde le dit, les rotations doivent continuer, sinon plus de roues, plus de boulot, plus de bras, plus de fromaga. On continue à courir comme des fous, en espérant que sa s'arrange, que la marge de la boite guérisse.
On continue à courir, parce qu'on a une conscience professionnelle, parce qu'on a le soucis encore du client final, parce que notre chef, on le croit plus. La dernière chose qu'on a : le sens moral.
- Merci, souris X117, de ton témoignage qui donne à réfléchir, de ta sincérité et à bientôt.
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