En Exclusivité, le témoignage d'un salarié de Barcelone
Nous vous proposons, ce soir le récit de la fermeture du centre de Barcelone par l'un de ses salariés. De quoi nous donner à réfléchir sur les méthodes d'une entreprise comme Transcom qui s'enorgueillit du Label Social qu'elle vient d'obtenir. Triste mais révélateur :
Le 18 décembre dernier, nous apprenions par la voix de M. Charpentier, Directeur du centre de Barcelone, la fermeture décidé par « la France » de deux centres Transcom. Et bien sûr, s’il prenait la peine de nous réunir, c’est parce que nous faisions partie du lot. Le deuxième centre ? Nous ne le saurons pas… le savait-il lui-même ?
Nous concernant, les portes se fermeraient le 4 janvier. Dans les faits, plus personne en dehors des R.H. n’a travaillé au-delà du 31 décembre.
Qu’en dire ? Qu’en penser ?
En premier lieu, que la surprise n’en était pas vraiment une : à force de scier la branche sur laquelle nous étions assis en envoyant les clients Tele2 (pour qui on travaillait) vers SFR (pour qui on ne travaillait pas…), il fallait bien qu’elle finisse par lâcher.
Si surprise il y a eu, c’est surtout par le peu d’anticipation de la chute. Faites le calcul : du 18 décembre au 31, il y a… treize jours !
La législation du travail, ici largement respectée puisque nos contrats se finalisaient véritablement le 4 janvier, n’est pas en Espagne ce qu’elle est en France.
Ce n’était pourtant pas faute de nous être inquiété : courant novembre, un agent a eu l’heureuse initiative d’écrire une lettre à la direction de Transcom Barcelone afin de savoir un peu à quelle sauce on allait être mangé. Suite à cette lettre, nous avons eu une réunion avec notre Business Manager qui n’en savait vraisemblablement pas plus que nous. Il nous a simplement informés qu’aucun contrat n’avait encore été signé avec SFR pour le centre de Barcelone. Ça ne sentait pas très bon, mais finalement, le centre avait connu d’autres périodes incertaines… et tout s’était bien terminé.
Et bien pas cette fois.
Concernant les perspectives d’avenir pour les environ soixante-dix employés que nous étions, voici les propositions qui nous ont été faites :
- quelques-uns pouvaient espérer une place à Vélizy
- une poignée d’autres, deux étages plus bas, dans le même édifice de Barcelone, où Transcom à un autre centre financièrement indépendant de celui où l’on travaillait, et qui s’occupe en particulier de la clientèle de Viamichelin.
- Et, bien sûr, Tunis.
Tunis ! Là, oui, au centre de Tunis ils embauchent… gageons que la législation du travail, qui sera sans aucun doute respectée là-bas aussi, n’est pas la même qu’en Espagne…
Dans la réalité :
- Vélizy : pourquoi pas ? Mais pour combien de personnes ? Evidemment, pas soixante-dix. Oui, mais combien ? « Peut-être dix »… fut la réponse.
- Viamichelin : la rumeur courait que 4 personnes venaient d’être licencié de la campagne. L’heure ne paraissait donc pas au recrutement.
- Tunis : Evidemment, c’est une option. Mais celle-ci, il me semble, se passe de commentaires.
Je vais également me permettre de souligner quelques points, puisque cette tribune m’est offerte :
1) La date de l’annonce du licenciement. Finement bien choisie. Plus de la moitié du floor était ou n’allait pas tarder à être en vacances. Ainsi, peu de risques de « sabotage » du boulot. Parce que bien sûr, quand on vous annonce que vous êtes viré, le client qui se plaint pour trois centimes sur sa facture vous devient plus difficilement supportable. Et puis les vacances posées, c’est toujours ça de moins à débourser en fin de contrat.
2) Les indemnités de licenciement : en Espagne, pour la quasi-totalité des agents, le contrat est ce qu’on appelle un contrat « obras y servicios » (travaux et services). Il est directement lié à la campagne. La campagne se termine ? Le contrat s’arrête. Les indemnités sont égales à 8 jours de salaire par année travaillée et point. Dura lex, sed lex.
Pour finir, tout de même, voici une distribution de bons points :
- Je crois en la sincérité et l’honnêteté des R.H et du Business Manager de Transcom Barcelone. Il me semble que le manque d’information est venu de la France dans notre cas.
- De tous les centres français, celui de Barcelone était celui pour lequel la fermeture supposait sans doute le moins de drames humains : beaucoup d’agents étaient ici de passage et n’avaient pas l’intention de rester bien longtemps. Cela n’a fait que précipiter un peu le retour en France pour beaucoup. Bien sûr, pour d’autres…
- Le meilleur des bons points : moi dont l’expérience professionnelle se résumait à six années dans un milieu associatif hyper protégé, j’ai connu ici ce qu’est le capitalisme, le vrai, celui qui fait que tu t’appelles 815 ou OPS, qui te fait pointer même pour aller aux toilettes, et qui te fait perdre ton boulot en moins de quinze jours suite à la décision d’un type qui ne sait même pas que tu existes.
Et bien ce genre d’apprentissage, ça vaut de l’or dans une vie…